Il existe un large bourg accroché à flanc de colline et bordé par de larges plaines fertiles, une ville riche et prospère malgré la proximité des terres barbares. Ses hautes murailles de pierre bleue sculptées de mille façons et ses longues tours élancées en faisait l’été un joyau de saphir dans l’écrin multicolore des cultures avoisinantes. Le commerce y faisait loi et nombreux étaient les marchands à avoir accédé à de nobles titres grâce à leur richesse.


La cité d’Enoch était donc florissante et cosmopolite, mais autant on pouvait y croiser d’aisés bourgeois avenants autant les vide-goussets et autres canailles y trouvaient leur bonheur… Sans compter que la course au pouvoir des négociants nantis avait également amené dans les murs d’Enoch son lot d’assassins. La ville était dirigée par un sénat de nobliaux auquels appartenaient les terres arables environnantes.


Cependant, toute cette opulence ne pouvait que provoquer jalousie et convoitise. Des royaumes voisins, plusieurs petits seigneurs sans envergure formèrent une fronde et arrangèrent la mise à sac de la cité à leur profit en louant les services des barbares des plaines toutes proches. De cette façon, ils récupéreraient de grands trésors et leurs propres bourgs pourraient accueillir le commerce accaparé par la fastueuse cité.


En cette nuit de printemps pluvieuse, les troupes de la fronde déferlèrent sur la cité marchande. L’attention des quelques sentinelles de faction aux portes de la ville et les prodigieuses murailles de pierre permirent à la milice de mettre en place une résistance tenace. Ce ne fût toutefois guère suffisant tant le nombre d’assaillants était grand et, après quelques jours, les portes de la ville cédèrent sous les coups de butoir. En proie à une terreur sans nom, les habitants se réfugièrent où ils purent, d’aucuns se barricadèrent chez eux, d’autres dans les lieux de culte, d’autres encore préférèrent la fuite…


Or il existait en ces murs un relais de Corvus, Seigneur des Mots, lieu d’échange et de savoir où officiaient scribes et messagers. Dans la grande salle de ce relais, derrière les fenêtres condamnées et les portes barricadées par de lourds madriers, de nombreux habitants et une poignée d'hommes d'armes avaient trouvé refuge.


Ils s’organisèrent rapidement et furent en mesure de repousser plusieurs assauts des pillards. Fort heureusement pour eux, le relais n’avait extérieurement aucun signe d’opulence ou de richesse, si bien que les barbares ne prirent bien vite plus le risque de mourir pour de piètres trésors à piller. Mettant à profit ce désintérêt manifeste, les assiégés tentèrent quelques sorties discrètes pour sauver d’autres habitants, mettre à mal les maraudes ennemies et récupérer des vivres ça et là. Profitant des longues attentes derrière les lourds battants de chêne du relais, ils partagèrent leurs expériences… Racontant tour à tour leur histoire…


Les jours passèrent et bientôt le calme revint sur la cité mutilée et blessée, le joyau du commerce était bel et bien brisé… Une fois que les habitants réfugiés au relais de Corvus se furent décidés à partir loin des barbares, ils demandèrent aux guerriers qui les avaient protégés de les accompagner. Ceux-ci, qui s’étaient liés de forte amitié, décidèrent qu’eux non plus, rien ne les retenait à Enoch. Après avoir récupéré tout ce qu’ils purent, ils firent leurs adieux aux ruines fumantes de la ville.


Chemin faisant, les guerriers décidèrent de s’unifier en un groupe fort donc la vocation serait les raisons qui les avaient réunis : l'amitié et l'entraide… Les Archanges Déchus étaient nés… Le Penderwyltdh qui occupait le relais avant le sombre séjour qu’ils y firent, vit en eux le courage et la foi que Corvus recherchait chez ses Derwyddis. Après en avoir longuement parlé entre eux, les amis n’hésitèrent pas, après tout n’était-ce pas également grâce au relais du dieu qu’ils étaient encore en vie ? Les Archanges devinrent donc des Messagers de Corvus.


Au cours de ce voyage, d’autres guerriers vinrent les rejoindre… Les anciens citadins qui les accompagnaient au début se séparèrent d’eux petit à petit, au gré des villes et des villages traversés. Les Archanges se retrouvèrent bientôt seuls. Ils continuèrent leur chemin jusqu’à découvrir, sur une colline - au lieu-dit de Tue-Bise, où viennent mourir les vents alentours - les ruines d’une ferme. Décidant d’arrêter là leur errance et de s’y installer, les Archanges firent de ce lieu une halte pour les nombreux voyageurs de la région, tant pour ceux à la recherche de protection que pour ceux aspirant à un bon repas et des draps propres. Un relais ainsi qu'une petite chapelle dédiée à Corvus s’érigèrent bientôt sur la colline…